Pourquoi réduire sa consommation de viande

La période des fêtes étant souvent un moment où l’on demande aux gens s’ils sont prêts à être généreux, je souhaitais vous parler d’une cause qui me tient à cœur. Qu’on soit bien d’accord, il en existe d’autres comme la paix dans le monde, éradiquer certaines maladies (dont le VIH), une meilleure éducation disponible pour tous, etc.

La cause dont je souhaite vous parler, et qui transparaît dans beaucoup de mes articles, est la réduction de la consommation de viande. Par viande, j’entends bien sûr les viandes (rouges ou blanches) mais aussi les charcuteries, les poissons, les fruits de mers et crustacés et les gibiers. Tout ce que nous appellerons dans la suite de cet article, afin de simplifier, « produits animaux » ou « produits carnés ».

La terre vue du ciel
Chaque bouchée a un impact mondial.

 

Pourquoi réduire sa consommation ? Pour de nombreuses raisons, que je vais vous expliquer en détails ci-dessous. Mais je tenais, avant tout, à préciser certaines choses. Je ne suis ni économiste, ni chercheuse, il risque donc d’y avoir quelques vides ou lacunes mais je vais faire au mieux pour que ça n’arrive pas.

Ensuite, n’oublions jamais que tout est connecté. Même si nous avons une fâcheuse tendance à vouloir mettre les choses dans des petites cases, des événements comme le réchauffement climatique et les instabilités politiques sont liés*. Il n’y a donc pas forcément besoin de hiérarchiser des priorités car en agissant sur un tableau, nous améliorons les autres. Et petit pas après petit pas, nous améliorons le monde.

Il n’est pas non plus question de vous accuser ou de vous culpabiliser. Au contraire, de mettre en lumière que nous pouvons agir, que nous sommes acteurs et que nous ne sommes pas obligés d’attendre que nos responsables politiques agissent pour faire bouger les choses.

Pourquoi diminuer sa consommation de produits animaux ?

Pour des raisons éthiques : il est connu que les élevages sont loin d’être des hôtels destinés au bien-être animal. Si en Belgique comme en France, les animaux ne sont pas élevées en aussi grandes quantités qu’aux États-Unis, les conditions sont loin d’être agréables. Je n’en parlerais pas outre mesure pour ne pas choquer ceux qui ne sont pas prêts à en savoir plus*.  En plus des conditions d’élevage, il y a les conditions d’abatage et d’ailleurs la mort en elle-même, qui n’est pas forcément acceptable. Il y a également le spécisme avec lequel nous sommes éduqués : certaines espèces souffriraient (comme les chats et les chiens) mais pas d’autres (vaches, cochons). Nous attachons certains sentiments, voyons un certain mimétisme chez nos animaux de compagnie. Pourquoi ? De quel droit ?

Pour des raisons de santé : nous avons vu récemment que l’OMS a classé les viandes rouges comme potentiellement cancérigènes et la charcuterie augmentant les risques de cancers. Mais ce n’est pas tout, car les produits animaux sont (trop) riches en antibiotiques, qu’on retrouve dans la viande, ce qui (en plus) rend les bactéries résistantes. Des antibiotiques qu’on peut également retrouvés dans l’eau ! De plus, ils sont nourris avec des produits OGM ou traditionnels arrosés de pesticides. Et c’est encore pire pour les poissons qui, s’ils sont meilleurs d’un point de vue nutritionnel, sont encore plus pollués ! Élevés en surnombre, de nombreuses maladies se développent qui seront soignées à coup d’antibiotiques et de pesticides (encore). Tout cela directement dans l’eau ! Eau que les fruits de mer filtrent pour se nourrir ! Quelle influence cela aura-t-il sur notre santé ? Et sur notre planète ?

Car, 3ème point que je développerai le plus aujourd’hui, les raisons écologiques/climatiques : avec la conférence sur le climat dont les conclusions et les réussites ne sont pas certaines, il est grand temps d’en parler. L’élevage, ça pollue, et pas qu’un peu ! J’en ai parlé juste au-dessus mais je vais reprendre dans l’ordre afin de ne rien oublier. Nous prendrons le bœuf comme référence, car son élevage est le plus polluant. Viens ensuite le porc puis la volaille.

Vache poilue irlandaise
Chaque animal a des besoins conséquents en nourriture et en eau

 

Tout d’abord, la nourriture. Un bœuf, ça mange beaucoup. Beaucoup ! Afin d’avoir un maximum de muscles à vendre, il est dans l’intérêt de l’éleveur qu’il soit le plus gros possible. Comme c’est un ruminant, il mange de l’herbe. Enfin en partie. Un petit peu. S’il est en extérieur. La plus grosse partie de ces repas sont des céréales et du soja, pour un régime protéiné qui permet de faire du muscle (retenez-bien ça, nous en reparlerons plus tard). Toutes ces céréales, il faut les cultiver. Nous avons donc besoin de terres agricoles et énormément puisqu’1 kg de viande nécessite 7 kg de céréales. Nous avons donc 70% des terres agricoles qui produisent de quoi nourrir des animaux d’élevage ! On pourrait en nourrir des humains avec ça !

Vous imaginez bien qu’avec la hausse des populations et les changements alimentaires qui « s’occidentalisent », il faut de plus en plus de terre pour de plus en plus de viande. Pas de problème, la Terre dispose d’une belle réserve qui ne sert pas à l’Homme pour le moment. La forêt amazonienne ! Et oui, 80% de la déforestation est dû à l’élevage : soit pour y mettre des troupeaux, soit pour y planter du soja (OGM) qui se retrouvera dans l’assiette de nos bovins. Même en Europe ! Ces céréales seront arrosées de pesticides puissants qui endommageront les terres et les nappes phréatiques pour longtemps.

 

En plus pour faire pousser des plantes, il faut de l’eau. De l’eau qui servira également à hydrater les animaux. Or cette eau, qui nous est précieuse, est polluée chaque jour un peu plus par tous ces pesticides, ces antibiotiques et les excréments des animaux trop riches en ammoniac. La population aquatique n’avait pas besoin de pollution supplémentaire ! Pour vous donner un chiffre, on estime qu’il faut 15 500L d’eau pour 1 kg de bœuf. Contre 131L pour 1 kg de carottes.

Mais comment va faire notre vachette belge pour manger du soja du Brésil ? Il faut le transporter jusqu’à elle ! D’immenses bateaux chargés de conteneurs distribuent, partout dans le monde, des céréales dont le bilan carbone ne fait que s’alourdir.

bateau échoué
Le réchauffement climatique nous touche tous.

 

 

Et pour finir, le méthane. Un gaz a effet de serre plus important encore que le dioxyde de carbone (CO2). Pour digérer les végétaux, les bactéries de leurs estomacs produisent du méthane qui ressortira dans l’air sous forme de pets ou de rots. Avec 3 vaches, ça va. Mais entre les vaches, les bœufs et les veaux élevés pour leurs viandes et les vaches laitières (je n’ai pas trouvé de nombre exact), on peut se faire un peu de soucis !

J’espère que la problématique vous semble un peu plus claire et que vous comprenez qu’il est important pour vous, vos enfants et notre planète, de réduire la consommation de viande mondiale. Redonnons aux produits animaux la place qu’il leur faut : un produit de luxe qu’on se réserve de temps en temps (comme le foie gras que personne ne mange à l’année !). Le prix augmentera car elle sera de meilleure qualité. Et croyez-moi, vous retrouverez vraiment le goût que vous aimiez. Car en manger très souvent habitue votre palais. En consommant peu, vous aurez ce plaisir à son paroxysme.

Comment diminuer sa consommation de viande ?

Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous laisser comme ça ! Je vais vous expliquer comment, d’un point de vue nutritionnel, vous pouvez réduire votre consommation de produits animaux.

Tout d’abord, qu’est-ce que la viande apporte au corps ? Des protéines, des lipides, du fer et de la vitamine B12. Et les poissons ? Des protéines, des oméga-3 et des lipides, quelques minéraux et de la vitamine B12.

Peut-on trouver tout ça ailleurs ? Oui et non. La seule chose que l’on ne trouve que dans les produits animaux est la vitamine B12. Mais comme on parle ici de réduire sa consommation et non pas d’arrêter tout ce qui vient d’un animal, vous n’avez aucun risque de manquer de B12.

des fruits et des graines
L’alimentation végétale est pleine de goût et de couleurs

 

Pour les protéines, vous vous rappelez ce que j’ai écrit plus haut ? Les bovins ont un régime riche en céréales et soja pour prendre du muscle. Pour nous, c’est la même chose. Les sources de protéines végétales ne manquent pas : lentilles, haricots, fèves, soja, céréales complètes, noix, amandes, noisettes, etc. En gros, les céréales, les légumineuses et les oléagineux. Les légumineuses sont les plus complètes. Dans vos assiettes, elles remplacent la viande et une partie des féculents. Il existe également des steaks et boulettes végétaux pour remplacer la viande. Vous en trouverez également dans les œufs et le fromage.

Pour les lipides, nous en trouvons dans les oléagineux, la noix de coco, l’avocat, les graines et les huiles. D’ailleurs, les huiles de noix, de lin et de colza sont de bonnes sources d’omega-3. Ces graisses seront d’ailleurs de meilleure qualité que celles trouvées dans la viande. Arrosez votre repas d’une cuillère d’huile de noix/lin/colza et mangez des oléagineux régulièrement. Attention, ces huiles se conservent au frigo et ne sont pas destinées à la cuisson.

Les minéraux se trouvent dans tous les végétaux. Y compris le fer.

 

Mais à quelle fréquence pouvons-nous manger des produits animaux ? Cela dépend de vos habitudes de base. Si vous en mangez midi et soir tous les jours, réduire à une fois par jour sera déjà un beau progrès (je compte également les œufs). Idéalement, 2 fois de la viande, 2 fois du poisson et 1 à 2 fois des œufs par semaine serait suffisant. Chaque changement sera déjà génial, alors à vous de voir. Cette habitude peut aussi être prise par vos enfants et adolescents, il n’y aura aucun soucis si vous suivez ces règles simples.

Mais concrètement, comment faire ? Je vous propose un plan sur 4 semaines. Bien sûr, prenez le temps que vous voulez et arrêtez-vous à l’étape que vous voulez. Il est important d’être à l’aise avec les produits et les recettes utilisés pour que la préparation des repas ne deviennent pas une énorme corvée !

Salade et bouteille au soleil
Les végéta*iens ne mangent pas que de la salade !

Semaine 1 : Vous avez choisi de réduire votre consommation de viande et c’est génial ! Bravo ! Pour commencez, prenez un peu de temps pour noter tous les repas sans produits animaux que vous mangez habituellement. Par exemple, le gratin dauphinois ou la ratatouille. Notez également les produits avec lesquels vous êtes à l’aise et qui vous aideront à transiter vers une alimentation plus végétale. Si vous n’avez jamais mangé de fèves, ce n’est pas la peine de commencer maintenant. Vous allez vous compliquer la vie et vous n’aurez pas envie de vous lancer. Réfléchissez également aux plats que vous faites le plus souvent. Y en a-t-il dont une version végétale existe déjà ? Par exemple, les lasagnes bolognaises peuvent devenir des lasagnes aux légumes.

Semaine 2 : Choisissez 2 repas dans la semaine qui seront sans produits animaux. Si c’est possible, choisissez à l’avance les plats que vous cuisinerez. Si c’est quelque chose d’un peu compliqué, réservez-le pour le début de la semaine ou le week-end. Rares sont les personnes ayant le courage de passer 2 heures en cuisine un jeudi soir ! Pour trouver des idées, vous pouvez vous inspirer de la cuisine du monde. Des curry de pois chiches, des dhals de lentilles, des couscous de légumes, des falafels, des nouilles chinoises aux légumes sautés. Les soupes et les salades peuvent être très facilement végétales.

 

Semaine 3 : Passez à 4 repas par semaine. Dans un premier temps, je vous conseille de prendre des légumineuses en conserve ou bocal, plus simples à cuisiner. Une fois que vous serez à l’aise avec leur utilisation et que vous saurez celles que vous aimez ou non, vous pourrez acheter des légumineuses sèches que vous pourrez cuire et congeler.

Semaine 4 : La dernière ligne droite ! On ajoute 3 repas sans produits animaux pour arriver à 7 repas par semaine ! N’oubliez pas que c’est un apprentissage pour avoir d’autres réflexes, il est donc possible qu’il y ait des petits problèmes, des oublis, etc. Ne vous inquiétez pas et ne baissez pas les bras. Ne vous inquiétez pas nous plus si vous ne mangez pas de produits animaux de toute la journée, ce n’est pas grave ! L’équilibre alimentaire se fait sur plusieurs jours. Vous pouvez essayer d’ajouter plus de noix dans votre alimentation (surtout au petit-déjeuner et au goûter) et de graines (dans les salades et les sandwichs). Et voilà ! Vous avez atteint votre objectif !

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Il y a malheureusement un autre soucis : les produits laitiers. Si les bovins sont les animaux les plus pollueurs à élever, remplacer sa portion de viande par du fromage ne fonctionnera pas. N’oubliez pas que le lait, les yaourts et les autres produits laitiers ne sont pas indispensables à votre santé. Reste le fromage qui est un véritable plaisir pour beaucoup d’entre nous. Réduire sa consommation et privilégier les fromages de chèvre aideront à diminuer l’impact environnemental.

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Je tenais également à vous parler de l’association Végétik pour laquelle je suis bénévole depuis un an. Cette association francophone est l’une des plus actives de Belgique, elle fait des choses formidables, je vous invite à aller voir leur site internet. Devenir membre compte 15 euros par an afin de leur permettre de partager leurs idées au plus grand nombre. J’offre d’ailleurs 10% de réduction sur mes consultations à tous les membres de l’association.

Et ça, c’est toute l’année ! 🙂

*Si vous souhaitez en savoir plus sur le lien entre réchauffement climatique et instabilités politiques, c’est ici

*Si vous souhaitez en savoir plus sur l’élevage, c’est ici.

Ajoutez votre grain de sel !